🧬 Entorse, tendinite, coup… Voici pourquoi appliquer de la glace est une mauvaise idĂ©e

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Vous avez probablement entendu, pratiquĂ© ou mĂŞme suivi ce conseil: après une blessure aiguĂ« (entorse, coup violent, tendinite, etc.), vous devez appliquer de la glace sur la zone touchĂ©e. Pourtant, les nouveaux protocoles d’intervention le dĂ©conseillent comme règle gĂ©nĂ©rale.


En cas de blessure grave, il est recommandé de consulter un médecin ou un kinésithérapeute qui vous donnera des conseils et proposera le processus de guérison le plus approprié.
Eva March / Shutterstock

Cela semble contre-intuitif, car l’utilisation de la glace (cryothĂ©rapie) provoque une diminution de la conduction nerveuse et une vasoconstriction locale (rĂ©trĂ©cissement des vaisseaux sanguins), ce qui soulage la douleur Ă  court terme et rĂ©duit l’inflammation et l’oedème.

Alors pourquoi vaut-il mieux s’abstenir ? Pour rĂ©pondre Ă  cette question, examinons d’abord ce qu’est l’inflammation et s’il est dans notre intĂ©rĂŞt d’agir dessus.

Une réaction naturelle

L’inflammation est un processus physiologique normal de l’organisme pour rĂ©cupĂ©rer après une blessure. ImmĂ©diatement après la survenue de la lĂ©sion, les vaisseaux sanguins se contractent afin d’empĂŞcher la perte de sang. En quelques minutes, une fois la plaie colmatĂ©e, le calibre et la permĂ©abilitĂ© de ces vaisseaux augmentent pour permettre l’entrĂ©e de substances et de cellules immunitaires ayant des effets inflammatoires. C’est le moment pour les neutrophiles, qui sont chargĂ©s des « tâches de nettoyage », d’intervenir.

L’augmentation de la permĂ©abilitĂ© vasculaire gĂ©nère Ă  son tour une augmentation du volume de liquide – le moyen de transport de toutes ces substances – qui atteint la zone concernĂ©e. Ce gonflement est connu sous le nom d’oedème et rĂ©pond aux besoins physiologiques de la guĂ©rison.

Lorsque le processus inflammatoire atteint son point culminant, l’accumulation de substances produit une sĂ©rie de signaux biochimiques qui initient la phase de prolifĂ©ration ou de guĂ©rison des tissus. Les mĂŞmes processus qui ont gĂ©nĂ©rĂ© l’inflammation Ă  l’Ă©tape prĂ©cĂ©dente libèrent maintenant des composĂ©s tels que les lipoxines, qui possèdent un grand pouvoir anti-inflammatoire.

De plus, selon des Ă©tudes rĂ©centes, les neutrophiles, qui sont venus « nettoyer » la zone lĂ©sĂ©e, changent de mode d’action pendant cette phase et ont Ă©galement des effets anti-inflammatoires et rĂ©gĂ©nĂ©rateurs.

En d’autres termes, pour que l’ensemble du processus de guĂ©rison se dĂ©roule correctement, l’inflammation doit suivre son cours physiologique.

Changements de protocoles

Au fur et à mesure que ces mécanismes biologiques ont été mieux compris, les stratégies de traitement des lésions aiguës ont évolué.

CrĂ©Ă© en 1978 par le mĂ©decin amĂ©ricain Gabe Mirkin, le protocole RICE mettait l’accent sur la cryothĂ©rapie. Son acronyme signifie Rest (repos), Ice (glace), Compression (compression) et Elevation (Ă©lĂ©vation). Depuis les annĂ©es 1980, il a Ă©tĂ© remplacĂ© par le protocole PRICE qui ajoutait la protection (le P) de la zone concernĂ©e.

Plus tard, en 2012, le protocole POLICE est apparu. Cette mĂ©thode prĂ©conise toujours l’utilisation occasionnelle de glace dans les phases très aiguĂ«s. Mais elle offre un changement substantiel dans le traitement de ce type de blessure. Elle remplace le R de repos par l’OL de Optimal Loading (mise en charge optimale). En d’autres termes, le patient doit commencer Ă  bouger dès que possible, en commençant par des mouvements qui n’impliquent pas la blessure et ne provoquent pas de douleur.

Cette stratĂ©gie de mise en charge optimale et progressive a montrĂ© que la mobilisation prĂ©coce et la rĂ©Ă©ducation fonctionnelle sont plus efficaces que l’immobilisation et le repos total.

Le protocole actuel: « PEACE and LOVE »

MalgrĂ© l’efficacitĂ© apparente des mĂ©thodes mentionnĂ©es ci-dessus pour rĂ©duire la douleur, les rechutes (rĂ©currences d’anciennes blessures) sont frĂ©quentes. En effet, les pathologies du tendon les plus rĂ©pandues sont souvent causĂ©es par un Ă©chec du processus de guĂ©rison. C’est pourquoi on dit souvent que « les entorses ne guĂ©rissent jamais complètement« .

Nous sommes en 2019, lorsque les experts canadiens Blaise Dubois et Jean-François Esculier proposent leur protocole PEACE and LOVE. Principale nouveautĂ©, ce protocole suggère d’Ă©viter les anti-inflammatoires (A pour Avoidance anti-inflammatory), y compris l’utilisation de la glace:
– P pour Protection
– E pour Elevation
– A pour Avoid anti-inflammatories
– C pour Compression
– E pour Education
– L pour Load
– O pour Optimism
– V pour Vascularisation
– E pour Exercise

Ces changements d’approche rĂ©pondent Ă  des preuves scientifiques. Nous avons expliquĂ© prĂ©cĂ©demment que la vasodilatation est nĂ©cessaire Ă  l’arrivĂ©e de toutes les substances essentielles Ă  la guĂ©rison. On peut supposer que la glace ralentit le processus et modifie les voies optimales de guĂ©rison.

Par exemple, une revue systématique sur 22 essais cliniques, publiée en 2004, avertissait déjà sur le peu de preuves disponibles quant au fait que la glace et la compression puissent avoir un effet significatif sur la guérison des blessures.

La mĂŞme annĂ©e, le spĂ©cialiste amĂ©ricain Scott F. Nadler dĂ©clarait: « Bien que les modalitĂ©s de traitement par le chaud et le froid diminuent la douleur et les spasmes musculaires, elles ont des effets opposĂ©s sur le mĂ©tabolisme des tissus, le flux sanguin, l’inflammation, l’oedème et l’extensibilitĂ© du tissu conjonctif. »

En rĂ©sumĂ©, la glace et certains anti-inflammatoires modifient le processus inflammatoire et favorisent les processus de mauvaise rĂ©cupĂ©ration et de fibrose. Cela peut conduire Ă  un tissu qui ne se rĂ©gĂ©nère pas correctement et qui est plus susceptible de subir d’autres blessures.

Mirkin lui-même, le créateur du protocole RICE, aurait admis en 2015 que « la glace retarde la guérison ».

Qu’en est-il de la douleur ?

La douleur nociceptive (nociception) est la douleur que nous ressentons en rĂ©ponse Ă  une lĂ©sion tissulaire. Ce signal d’alarme gĂ©nère des changements adaptatifs (tels que la limitation du mouvement et de la charge) afin de permettre une guĂ©rison adĂ©quate.

Ainsi, neutraliser la nociception avec de la glace ou des anti-inflammatoires peut retarder ou aggraver la blessure, car elle ne remplit plus sa fonction protectrice si nous ne prenons pas ces heures ou ces quelques jours de repos nécessaires.

En guise de conseil général, nous pouvons recommander aux personnes concernées de suivre le protocole PEACE and LOVE et, pendant la phase de réparation, de consommer des aliments riches en oméga-3 (EPA et DHA) et de compléter leur alimentation avec de la vitamine C.

Toutefois, en cas de blessure grave, il est préférable de consulter un médecin ou un kinésithérapeute, qui vous donnera des conseils et proposera le processus de guérison le plus approprié.

Auteurs: Beatriz Carpallo Porcar & Paula Cordova Alegre (Universidad San Jorge)



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