« The Analog Sea Review », une invitation à prendre le temps

0


La revue des revues. A l’ère du streaming, le support numérique triomphe alors que la cassette audio, analogique, est une relique d’un temps passé. Les technologies d’hier n’ont pas l’efficacité de celles d’aujourd’hui et exigent davantage de temps. C’est pour dénoncer ce temps que l’on s’efforce de gagner grâce à une numérisation accélérée de nos vies que l’écrivain américain Jonathan Simons a lancé, en 2018, la revue annuelle The Analog Sea Review – la mer contre le cyberespace, la profondeur contre la superficialité.

Cette élégante publication anglophone avec sa couverture rigide, sa tranchefile et son signet de tissu, entraîne le lecteur dans une intrigante déambulation débranchée. Sans surprise, c’est en se rendant chez son libraire, et non en ligne, que l’on trouvera cette revue distribuée également en France.

Dans son éditorial, Jonathan Simons, poète, musicien et chercheur invité à l’Institut Max-Planck, au sein du Centre pour les humains et les machines, revendique la déconnexion, devenue une nécessité face à la fascination morbide qu’exercent sur nous nos téléphones dits « intelligents ». « Plus nos gadgets nous convainquent que nous vivons une époque apocalyptique, plus nous sommes séduits par l’utopie numérique et sa promesse doucereuse d’une optimisation, d’un accompagnement et d’assistance dans un monde incertain. » Face à ce mirage, lançons-nous, dit-il, dans une errance, tels des « poètes aux yeux grands ouverts », et visitons les « contrées sauvages » qui s’offrent à nous, grâce à une « vie conduite sans médiation » numérique.

Flânerie

Ce programme, le rédacteur en chef propose de le réaliser par la lecture de textes réunis autour de ce rêve d’émancipation de l’esprit. Le recueil s’ouvre sur un extrait du philosophe Gaston Bachelard, qui est une invitation à la lecture. Il se termine sur les vers du poète écossais Norman MacCaig, un appel à marcher sous la pluie.

Entre les deux, la flânerie passe entre des auteurs d’hier, tels Joan Didion, Hannah Arendt, ou Samuel Beckett, à ceux d’aujourd’hui, comme l’écrivaine Rebecca Solnit, dont on retrouve un passage du livre qu’elle a consacré à la marche (Wanderlust. A History of Walking, Penguin, 2001, non traduit). « Marcher, c’est être dehors, dans l’espace public, et l’espace public est abandonné et érodé dans les villes, éclipsé par des technologies et des services qui ne nous demandent pas de sortir de la maison. » Le vide créé laisse la peur se diffuser, regrette-t-elle. Dans le sud de la Californie, où une nouvelle architecture existe désormais, le paysage installé fait du piéton un suspect.

Il vous reste 15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.