sensibilisation ou opération marketing ?

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« Des cours de sensibilisation à la blockchain et des diplômes NFT approuvés par l’État : comment les chômeurs français sont poussés vers la crypto« . C’est le sujet de l’enquête pour le moins accusatrice publiée aujourd’hui par le Financial Times.

Derrière ce titre évocateur, le média accuse le géant des cryptomonnaies d’utiliser ses interventions auprès d’étudiants français pour gagner des utilisateurs. Il en est convaincu, « Binance a utilisé des tactiques agressives pour inciter les gens à utiliser ses services dans certaines des zones les plus défavorisées de France« , évoquant ici des banlieues parisiennes telles qu’Aulnay-sous-Bois ou Montreuil.


Un projet éducatif déguisé ?


Binance s’est engagé, à la rentrée dernière, via son organisation à but non lucratif Binance Charity, à y organiser des ateliers pour faire découvrir les métiers de la blockchain : des sessions orientées vers un retour à l’emploi à destination des chômeurs, et surtout des interventions dans des établissements scolaires.

L’entreprise propose ensuite aux participants intéressés de passer une certification développée par la Binance Academy, et espérait ainsi former 10 000 personnes avant la fin de l’année 2023. Mais pour le FT, derrière cet objectif affiché, l’idée était surtout d’atteindre un nouveau vivier de clients. A l’appui : des sacs surprises offerts par Binance avec brochures promotionnelles, casquettes de marque et autres goodies, mais aussi des témoignages de participants.


« Des étoiles plein les yeux »


« Ils nous ont dit qu’un développeur blockchain junior pouvait gagner 100 000 euros par an, alors évidemment, nous avons tous eu des étoiles plein les yeux, c’est attrayant« , raconte l’un des apprenants du programme. « J’ai créé le compte Binance parce qu’ils me l’ont demandé [ndlr : c’est uniquement sur ce compte qu’ils peuvent recevoir leur diplôme NFT] et maintenant ils me harcèlent avec des emails de suivi« , a expliqué un autre.

Binance aurait ainsi demandé aux étudiants de télécharger Metamask, un portefeuille virtuel de cryptomonnaies. Un avocat interrogé par le FT rappelle alors que « la réglementation française n’autorise pas les sociétés de cryptomonnaies enregistrées telles que Binance à effectuer des démarches non sollicitées auprès de clients potentiels à des fins de marketing », précisant que cela constitue une infraction pénale qui peut entraîner des amendes allant jusqu’à 7500 euros pour les personnes physiques et 37 500 euros pour les entreprises.


Le principal indicateur de performance était « l’acquisition d’utilisateurs »


Mais surtout, une personne proche du dossier, qui a demandé à ne pas être nommée, a déclaré au média américain que le principal indicateur clé de performance de Binance pour cette initiative était « l’acquisition d’utilisateurs ». Le FT a interrogé Frédéric Bardeau, le fondateur du réseau français d’écoles numériques partenaire de Binance dans ce programme. Il a déclaré qu’il avait demandé à Binance de cesser de délivrer aux étudiants des certificats d’assiduité par NFT.

« Notre mission était de faire comprendre et aimer la blockchain et tous ses cas d’utilisation au-delà des cryptomonnaies« , a-t-il affirmé avant de poursuivre : « Pas de mélange des genres ni de vente forcée« . Le lendemain, le contenu promotionnel sur le partenariat avec Binance avait néanmoins disparu de la page d’accueil en ligne de Simplon.


Marketing ou pas marketing ?


L’Autorité des marchés financiers (AMF) s’est refusée à tout commentaire. Mais l’économiste Thierry Philipponnat, qui siégeait au collège de l’AMF au moment de l’enregistrement de Binance, a déclaré que l’initiative de Binance Charity pourrait faire l’objet de litiges juridiques à l’avenir.

« Une chose est sûre : le [régime d’enregistrement des cryptomonnaies de l’AMF] n’autorise pas la sollicitation directe des clients« , a-t-il déclaré. « J’imagine que les pratiques [décrites] pourraient donner lieu à un débat animé entre avocats sur la question de savoir si elles doivent être considérées comme du marketing ».


Le Financial times reproche au gouvernement français ses courbettes


Derrière cette enquête, le média accuse explicitement le gouvernement français et personnellement Emmanuel Macron, de faire la cour à Binance, y compris depuis que la réputation de l’entreprise a été dégradée par des accusations de blanchiment d’argent et alors que son CEO risque 18 mois de prison. Il rappelle l’invitation de ce dernier à l’Elysée, en 2021, et cite une source anonyme assurant que le gouvernement français avait accordé une centaine de visas technologiques à Binance pour l’aider à développer son activité en France.

Le média reproche par ailleurs aux législateurs français d’avoir renforcé les exigences imposées aux entreprises de la blockchain  souhaitant s’implanter dans le pays depuis la chute de FTX, mais de ne pas les appliquer aux sociétés déjà enregistrées comme Binance et cite, enfin, les propos du sénateur Hervé Maurey, qui a participé aux négociations : « Le moins que je puisse dire, c’est que le gouvernement n’était pas favorable à un durcissement du cadre réglementaire« , aurait-il déclaré au média.

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