Crypto et corruption : le double jeu de Xi Jinping

0


Crypto propagande chinoise. Le gouvernement central de Pékin ne lésine jamais sur les moyens pour contrôler l’opposition dans le pays et pour maintenir sa main mise sur toutes les formes de pouvoirs de la société. Xi Jinping dirige la Chine d’une main de fer depuis 2013 . Il utilise aussi à loisir une technique bien connue des dirigeants autoritaires à travers l’histoire : les purges. Sous différents prétextes, il s’agit en fait d’éliminer les adversaires politiques et de faire taire les voix discordantes en les accusant de divers crimes plus ou moins fictifs.

Dernièrement, c’est la corruption qui est mise en avant par le Parti Communiste chinois qui utilise cet argument pour faire un grand ménage dans ses rangs et qui profite de l’occasion pour désigner son nouvel adversaire : la cryptomonnaie. Focus aujourd’hui sur l’Empire du milieu qui aurait puni depuis une dizaine d’années plus de 5 millions de personnes pour des motifs souvent fantaisistes.

Côté pile : les cryptomonnaies serviraient à la corruption

Nous allons tout d’abord nous pencher sur les éléments de langage proposés par les organes de communication du Parti Communiste chinois et notamment sur le site internet Legal Daily. Le 1ᵉʳ janvier dernier, ce média d’État publié par la Commission centrale des affaires politiques et juridiques du Parti s’est fait l’écho d’une réunion annuelle de l‘Association chinoise pour l’intégrité et la recherche juridique au cours de laquelle la répression des nouvelles formes de corruption était un sujet majeur. A la tribune, un certain Zhao Xuejun, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université du Hebei, a fait la déclaration suivante :

« La monnaie virtuelle et les cartes-cadeaux électroniques sont devenues des canaux cachés pour la corruption, tout comme les monnaies numériques dans des cold wallets qui peuvent être transportés à l’étranger pour être échangés. »

Zhao Xuejun, professeur agrégé à la faculté de droit de l’Université du Hebei – Source : Cointelegraph

D’autres intervenants ont tenu des propos du même genre et ont rappelé que « l’anonymat et la traçabilité difficile des monnaies virtuelles, et notamment de Bitcoin, offrent une commodité naturelle aux activités illégales et criminelles ». On ne reviendra pas ici sur la pertinence discutable de ces propos. Cependant, la conclusion des autorités chinoises fut, sans surprise, un renforcement de la surveillance et une amélioration du système juridique actuel.

La Chine de Xi Jinping déclare officiellement la guerre à la corruption et pointe du doigt les nouveaux canaux comme la cryptomonnaie. Cependant, il ne faut pas oublier que ces accusations sont surtout l'occasion de se débarrasser d'opposants politiques ou de voix discordantes dans le cadre de purges massives. La Chine de Xi Jinping déclare officiellement la guerre à la corruption et pointe du doigt les nouveaux canaux comme la cryptomonnaie. Cependant, il ne faut pas oublier que ces accusations sont surtout l'occasion de se débarrasser d'opposants politiques ou de voix discordantes dans le cadre de purges massives.
La Chine lutte contre la corruption…mais surtout contre celle qui touche les opposants politiques !

Côté face : on élimine l’opposition politique et on renforce son propre pouvoir

Mais au-delà de la propagande d’État, le Wall Street Journal apporte un éclairage intéressant sur la logique à l’œuvre dans le premier cercle du pouvoir communiste. Et les deux premières phrases de cet article paru le 1ᵉʳ janvier donnent le ton sur une pratique méconnue du grand public chinois : la purge systématique et à grande échelle. Extrait :

« Les dirigeants chinois utilisent depuis longtemps des campagnes contre la corruption pour écarter leurs rivaux et consolider leur pouvoir. Xi Jinping lie de plus en plus son autorité à une nouvelle variante : une purge qui ne finit jamais. »

Chun Han Wong pour le Wall Street Journal du 1er janvier 2024 – Source : wsj.com

Le journaliste rappelle ainsi qu’aucun domaine n’est épargné et cite la finance, l’agroalimentaire, la défense, l’industrie, le monde politique en général, les hauts fonctionnaires, le secteur bancaire, les services publics et même la culture ou le milieu sportif. Dans tous les cas, des hommes et des femmes disparaissent, puis réapparaissent (ou pas), certains sont démis de leurs fonctions et, à chaque fois, des accusations de corruption sont mises en avant par un simulacre de justice souvent expéditive.

Bien sûr, il ne s’agit pas de nier qu’une certaine corruption puisse exister en Chine, mais dans la plupart des cas ce sont de faux prétextes pour se débarrasser de personnes gênantes. Et, le pire dans tout ça, c’est que le premier cercle autour du Président ne se prive pas d’accepter aussi des « enveloppes rouges » mais dans ce cas-là, personne n’osera le dénoncer. Xi Jinping maintient ainsi un « règne de la terreur » dans son propre parti selon le journaliste du Wall Street Journal et il conclut en affirmant que la lutte contre la corruption ne prendra sûrement jamais fin. Et, la cryptomonnaie dans tout ça ? Un prétexte comme un autre.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.