« L’explication la plus convaincante du déclin de la productivité est que les institutions ne s’adaptent pas assez vite aux révolutions technologiques »

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Comment expliquer l’absence apparente d’effet des révolutions des technologies de l’information et de la communication, et plus récemment de l’intelligence artificielle (IA), sur la croissance de la productivité des pays développés ? En particulier depuis la crise de 2008, on observe un ralentissement de la croissance de la productivité aux Etats-Unis et dans l’Union européenne : sur la période 2008-2022, la productivité horaire du travail aurait été divisée par deux aux Etats-Unis et en zone euro par rapport à la période 1990-2007 (« Long-Term Productivity Database », Antonin Bergeaud, Gilbert Cette et Rémy Lecat).

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Une première explication est qu’il y aurait eu une baisse séculaire de la productivité de la recherche : il faudrait de plus en plus de chercheurs pour atteindre un certain niveau de croissance de la productivité ou un certain volume d’innovations. En particulier, il faut aujourd’hui dix-huit fois plus de chercheurs pour doubler la densité des transistors sur une puce qu’au début des années 1970. Cependant, cette explication ignore le fait qu’au-delà de l’augmentation de leur densité en transistors, les nouvelles puces sont moins coûteuses que les anciennes et peuvent accomplir davantage de tâches.

Une deuxième explication est que l’on ne sait pas bien mesurer la croissance de la productivité. En premier lieu, les mesures traditionnelles de la productivité et de la croissance se heurtent à l’internationalisation des chaînes de valeur mondiales. Ensuite et surtout, ces mesures peinent à rendre compte de l’importance et de la variété croissante des services dans des économies largement basées sur l’immatériel. Ainsi, au cours des quarante dernières années, on a observé une accélération de l’innovation aux Etats-Unis, mesurée par la quantité de brevets, mais qui ne s’est pas pleinement reflétée dans l’évolution de la croissance de la productivité.

Temps d’appropriation

Une troisième explication est que les grandes révolutions technologiques mettent du temps à se diffuser et donc à générer une augmentation visible de la croissance. La première machine à vapeur a été commercialisée dès 1712, mais l’accélération de la croissance du PIB par habitant n’est visible qu’à partir de 1830 au Royaume-Uni. De même, alors que l’ampoule électrique a été inventée en 1879, il a fallu attendre plus de cinquante ans avant d’observer une accélération de la croissance de la productivité aux Etats-Unis. Plusieurs facteurs expliquent ce décalage, notamment le temps d’appropriation de la nouvelle technologie par les ménages et les entreprises, le temps pour développer des innovations secondaires qui adaptent la nouvelle technologie aux différents secteurs de l’économie, ou encore la lenteur de la baisse du prix de la nouvelle technologie, qui freine son adoption à grande échelle.

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