« Les Etats-Unis et l’Europe ont un écart de compétitivité de 40 % avec l’Asie »

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Pat Gelsinger, PDG d’Intel, à Berlin, le 19 juin 2023.

Lundi 19 juin, le chancelier allemand, Olaf Scholz, a signé le plus gros chèque jamais accordé à une entreprise étrangère outre-Rhin. Dix milliards d’euros afin d’aider l’électronicien américain Intel à construire une usine de semi-conducteurs dans la ville de Magdebourg, entre Berlin et Hanovre. Ce site emploiera 3 000 personnes directement, auxquelles s’ajouteront 7 000 autres pour la construction.

Ainsi, cela représentera 1 million d’euros de subvention par emploi créé. Une folie aux yeux de nombre d’économistes et au regard du budget des Etats, mais le prix à payer pour l’Europe si elle entend rester dans la course technologique. La France a fait de même, en accordant 3 milliards d’euros de subventions pour une usine à Grenoble détenue par STMicroelectronics et l’industriel GlobalFoundries, qui emploiera mille personnes (hors construction), soit 40 % de l’investissement total.

L’enjeu est le même que celui qui pousse les Etats-Unis de Joe Biden à lâcher 50 milliards de dollars (46,2 milliards d’euros) pour faire fleurir des usines de puces dans le désert de l’Arizona ou dans l’Ohio : réduire la dépendance à l’Asie dans la fabrication de la brique de base la plus stratégique de l’industrie moderne : le semi-conducteur. Il pilote tous les objets d’aujourd’hui, du téléphone à l’automobile, et se trouve au cœur de la nouvelle vague qui déferle, celle de l’intelligence artificielle (IA) qui demande des ordinateurs toujours plus puissants pour s’entraîner.

Une occasion unique pour Intel, l’ex-roi de l’électronique, détrôné, au tournant des années 2010, par les maîtres du smartphone comme Apple ou, plus récemment, des composants pour l’IA tel Nvidia. Son nouveau patron, Pat Gelsinger, un vétéran du secteur, a été rappelé en 2021 pour ressusciter le groupe. Il compte sur ses moyens colossaux pour recoller au peloton des deux seules entreprises au monde capables de produire les dernières générations de puces : la sud-coréenne Samsung et la taïwanaise TSMC.

Intel investit plus de 100 milliards de dollars dans de nouvelles usines aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. Un pari sur le gigantisme industriel soigneusement réparti sur la planète, profitant des subsides d’Etats avides de souveraineté technologique face aux ambitions chinoises. Il s’en explique au Monde.

Intel n’est plus le roi des puces électroniques. Aujourd’hui, une société comme Nvidia, par exemple, vaut en Bourse six fois plus cher que vous. Intel peut-il remonter la pente ?

Les résultats de Nvidia sont remarquables. Il est clair que l’intelligence artificielle est devenue un énorme moteur de croissance pour l’informatique. Cela bénéficiera à beaucoup de nos produits, par exemple dans les PC. Mais Intel nourrit aussi l’ambition de devenir un grand fabricant au service des autres industriels. Donc nous espérons pouvoir manger les deux moitiés de la pomme : devenir un fabricant pour Nvidia, tout en produisant des puces qui seront concurrentes des leurs.

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