« Le secteur du luxe n’en est qu’à ses débuts »

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Devant une boutique Gucci, le 4 décembre 2017, à Rome.

Gucci a franchi le Rubicon. Depuis mars, la marque de luxe détenue par Kering propose à ses clients d’apporter leur sac en magasin, de l’évaluer chez l’e-marchand français du luxe d’occasion Vestiaire Collective et, en fonction, leur accorde un bon d’achat à valoir dans son réseau. L’opération est ouverte dans 26 magasins en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie, au Luxembourg, à Monaco et en Espagne. Neuf gammes de sacs sont éligibles, dont le Gucci Diana, modèle du nom de Lady Di vendu neuf à partir de 1 980 euros. Un test est aussi en cours chez Balenciaga, autre filiale de Kering, dans cinq pays, dont les Etats-Unis.

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Kering a une « approche pragmatique » sur ce marché en croissance et veut répondre « à la demande de ses clients désireux de donner une seconde vie à leurs articles », avance Grégory Boutté, directeur général du digital, en rappelant que cette proposition relève de la stratégie de réduction de l’empreinte environnementale de Kering.

Le groupe, qui, en 2021, lors d’une levée de fonds de 178 millions d’euros, est entré au capital de Vestiaire Collective, veut se « forger une opinion sur ce marché, sans rester en chambre », souligne le dirigeant.

« Une porte d’entrée »

Aucun fabricant ne peut ignorer combien le business est florissant. Les sacs Hermès et Chanel battent des records de ventes lors de leur adjudication aux enchères ou en ligne. Vestiaire Collective a réalisé la vente de deux sacs Hermès Birkin Faubourg pour 112 000 euros en 2021 et 158 000 euros en 2022. Le marché des montres, également porté par la spéculation, est très mûr. Et désormais, certains clients osent chiner en ligne. A tel point que Vinted annonce en faire sa priorité à l’avenir. « Le marché n’en est qu’à ses débuts », prévient Thomas Plantenga, son PDG.

« Pour ceux qui n’ont pas les moyens financiers, un article d’occasion est une porte d’entrée dans le monde du luxe. Ce sont autant de clients que les marques pourront, ensuite, convertir à l’achat de neuf », estime Olivier Abtan, directeur associé du cabinet de conseil AlixPartners. Elles pourraient aussi proposer à leurs clients de revendre leurs articles « des saisons passées » pour financer d’autres achats « de la nouvelle saison », suggère-t-il. Les services de marketing auraient alors accès à la « mine d’or » de leurs données personnelles.

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Mais certains groupes s’y refusent. « Le risque est trop gros au regard des bénéfices escomptés », juge une analyste financière, en évoquant le « non-sens économique de cette activité » susceptible de cannibaliser les ventes de produits neufs en magasin. LVMH écarte tout projet sur ce marché. D’autant que la Bourse pourrait en prendre ombrage : la valorisation d’un groupe y est précisément indexée sur l’évolution des ventes de produits neufs, souligne cette analyste financière.



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