Des pluies de diamants à l’origine du champ magnétique de Neptune et Uranus ?

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Comme Futura l’expliquait il y a 14 ans dans le tout premier article ci-dessous, en 1981, le physicienphysicien Marvin Ross du Lawrence Livermore National Laboratory, en Californie, a été un des premiers à proposer qu’à l’intérieur des planètes géantes que sont NeptuneNeptune et UranusUranus on devait pouvoir trouver de véritables cœurs en diamant se formant sous l’action des pressions énormes agissant sur les composés carbonés détectés dans leur atmosphèreatmosphère.

L’idée avait été reprise et poussée plus loin dans les romans d’Arthur Clarke faisant suite à 2001 : L’Odyssée de l’espace. Dans 2010 : Odyssée 2, après le contact de David Bowman avec le mythique monolithemonolithe noir laissé il y a des millions d’années par une race d’extraterrestres au voisinage de JupiterJupiter, l’esprit de l’astronaute avait été téléchargé dans un réseau de flux de lumière intégré à la structure en écumeécume d’un espace-tempsespace-temps à plus de 4 dimensions. Ainsi dématérialisé, le nouveau Bowman se promenait à sa guise dans l’espace et découvrait en effet qu’un cœur en diamant occupait l’intérieur de la planète géante.

L’idée a été explorée plus en avant par des expériences de physiquephysique des hautes pressions sur Terre comme le montrent bien les articles précédents ci-dessous. La dernière en date d’envergure est exposée dans un article publié dans Nature Astronomy.

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par Mungo Frost du SLACSLAC National Accelerator Laboratory en Californie a utilisé le laserlaser européen à rayons Xrayons X à électronsélectrons libres (XFEL), à Schenefeld en Allemagne, pour obtenir de nouvelles informations sur la formation et l’apparition de pluies de diamants dans les géantes glacées, comme Neptune et Uranus bien sûr mais aussi leurs cousines dans le monde des exoplanètesexoplanètes.

Les expériences menées sont dans les grandes lignes les suivantes.


Cette vidéo montre le principe des cellules à enclumes de diamant pour recréer en laboratoire les conditions régnant dans les profondeurs des planètes, ici dans le manteau terrestre, avec de très petits morceaux d’oxyde fer magnétique ayant été placés entre les pointes de deux diamants. Les diamants ont été pressés l’un contre l’autre afin de produire des pressions atteignant 90 GPa. Un faisceau laser infrarouge peut alors chauffer l’échantillon jusqu’à 1 000 °C. Traduction en français en cliquant sur le rectangle blanc en bas à droite, puis sur l’écrou, ensuite sur « Sous-titres » et « Traduire automatiquement ». © Carnegie Science

Neptune sur Terre avec des cellules à enclumes en diamant

On commence par utiliser un film plastiqueplastique, fabriqué à partir d’un composé hydrocarboné de polystyrènepolystyrène, que l’on comprime à des pressions analogues à celles que l’on peut trouver à l’intérieur de ces planètes en utilisant les fameuses cellules à enclumes en diamant. Le film est donc pris en sandwich entre les pointes de deux diamants artificiels transparentstransparents aux rayons X. Avec eux, on peut donc chauffer le film plastique à plusieurs milliers de degrés.

In fine, toute une gamme de pressions et de températures sont accessibles reproduisant celles que l’on peut trouver à différentes profondeurs. La nouveauté dans les expériences menées c’est qu’elles durent plus longtemps que les précédentes. Les mêmes rayons X utilisés pour chauffer la matièrematière à plus de 2 200 degrés Celsiusdegrés Celsius permettaient également de mettre en évidence la formation de diamant dans le film plastique.

Les chercheurs ont alors constaté que du diamant pouvait apparaître à des températures et des pressions plus basses qu’ils ne le pensaient. On pouvait donc en déduire que des pluies de diamants doivent se former dans des couches relativement peu profondes des atmosphères des géantes glacées du Système solaireSystème solaire mais aussi des mini-Neptunes en dehors.

C’est bien sûr une découverte intéressante en soi mais il y a plus selon les physiciens comme l’explique un communiqué du SLAC.

Une couche de glace conductrice en convection ?

On sait que Uranus et Neptune ont des champs magnétiqueschamps magnétiques surprenants par rapport à celui de la Terre qui est presque celui d’une barre aimantée peu inclinée par rapport à l’axe de rotation de notre Planète bleue. Pour les glacées, non seulement les champs magnétiques sont inclinés de plusieurs dizaines de degrés par rapport à l’axe de rotation mais l’axe du dipôle magnétique lui-même ne passe pas par le centre des deux géantes.

Dans le cas de la Terre, on sait que le champ magnétique est produit par ce que l’on appelle une dynamodynamo auto-excitatrice dans la partie liquideliquide, convective et turbulente du noyau de notre Planète, le tout influencé par sa rotation, ce qui explique la relation étroite entre l’axe de rotation et l’axe du champ magnétique. Dans le cas d’Uranus et Neptune, la situation est forcément différente de la Terre bien que reposant sur une physique analogue à celle que l’on sait explorer en laboratoire avec l’expérience VKS.

Il semble plausible maintenant que la clé de l’énigme repose sur l’existence des pluies de diamants débutant à relativement basse profondeur dans l’intérieur d’Uranus et de Neptune. Elles conduiraient à la naissance d’une enveloppe convective, elle aussi peu profonde, lorsqu’elles descendent des couches externes vers les couches internes de la planète, provoquant des courants de glace. Plus précisément, les nouveaux résultats montrent que les diamants se forment au-dessus d’une couche de glace conductrice, qu’ils remuent lorsqu’ils tombent. Les courants qui en résultent permettraient alors à une dynamo auto-excitatrice de se former.


Article de Laurent SaccoLaurent Sacco publié le 28/08/2017

Il y aurait bien des pluies de diamants dans les planètes géantes comme Neptune ou Uranus. C’est ce que confirment des expériences réalisées dans le domaine de la physique des hautes pressions.

Les modèles actuels de la structure interne des planètes géantes de notre Système solaire sont des héritiers de ceux proposés par l’astrophysicienastrophysicien américain d’origine allemande Rupert Wildt durant les années 1940 et 1950. Il faut cependant préciser ces modèles grâce à des expériences relevant de la physique des hautes pressions et à des simulations numériquessimulations numériques savantes sur ordinateurordinateur. Ces modèles se nourrissent aussi de travaux purement théoriques. Ainsi, au début des années 1980 (voir l’article ci-dessous), des chercheurs états-uniens sont arrivés à la conclusion que les noyaux des planètes géantes, en particulier ceux de Neptune et d’Uranus, pouvaient contenir des quantités colossales de diamants sous forme solidesolide. L’enjeu est à présent de tester cette prédiction en laboratoire, sur Terre, à l’aide d’expériences faisant intervenir des matériaux comprimés à très hautes pressions grâce à des faisceaux laser.

L’une des dernières expériences en la matière a été conduite à l’aide d’un laser émettant dans le visible et de l’instrument Matter in Extreme Conditions (MEC), associé au laser à électrons libreslaser à électrons libres du SLAC, le Linac Coherent Light Source (LCLS). L’objectif était de créer des pressions intenses grâce à des ondes de choc provoquées par l’impact des impulsions laser sur un matériaumatériau plastique, en l’occurrence du polystyrène (celui-ci est constitué d’un mélange d’atomesatomes d’hydrogènehydrogène et de carbonecarbone qui se trouve en très grandes quantités dans les planètes géantes, notamment sous forme de méthane).

Des pluies de diamants pesant des millions de carats

L’objectif des chercheurs états-uniens et allemands du Helmholtz-Zentrum Dresden-Rossendorf n’était pas simplement de reproduire les conditions de pression et de température régnant à l’intérieur des planètes géantes, mais aussi de recréer les réactions chimiquesréactions chimiques qui s’y produisent. Mieux, ils ont voulu observer en direct ces réactions. C’est pourquoi, parallèlement à la formation et la propagation des ondes de choc dans le plastique, ce dernier a été soumis à des impulsions laser dans le domaine des rayons X durant quelques femtosecondesfemtosecondes. Cela a permis aux physiciens de mettre en pratique une technique de diffractiondiffraction des rayons X, dite « femtoseconde », qui permet, en quelque sorte, de prendre des instantanés des réactions produites. Cela leur a permis d’établir que des nanodiamants se forment bel et bien, mais aussi de déterminer leur taille et de les voir croître au cours du temps.

Comme les chercheurs l’expliquent dans un article publié dans Nature, les résultats obtenus sont la première observation sans ambiguïté de la formation à hautes pressions de diamants dans un environnement avec des conditions similaires à celles régnant à l’intérieur de la planète Neptune (des pressions de 150 gigapascals environ et des températures de l’ordre de 5.000 kelvinskelvins), et ce en accord avec les prédictions théoriques.

Le saviez-vous ?

En joaillerie, le carat est une unité de masse utilisée pour les gemmes. Il est égal à 200 mg, soit 5 carats pour 1 gramme. Il ne doit pas être confondu avec le carat des bijoutiers, qui, lui, désigne la pureté d’un métal précieux, comme l’or par exemple.

Les diamants synthétisés durant ces expériences sont de taille nanométrique. Toutefois, tout indique qu’à l’intérieur de planètes géantes comme Uranus et Neptune, les diamants formés sont en réalité beaucoup plus grands, pouvant atteindre des poids de plusieurs millions de caratscarats. Au cours de milliers d’années, ces diamants doivent s’enfoncer lentement dans les couches de glace entourant le cœur rocheux des planètes géantes. Au final, de véritables couches de diamants doivent très probablement se former autour du cœur de ces géantes, à partir de pluies de diamants se formant à 10.000 kilomètres sous la surface d’Uranus et de Neptune.

Ces expériences ne sont pas simplement intéressantes du point de vue des matériaux à hautes pressions et de l’astrophysiqueastrophysique, qu’il s’agisse des planètes géantes du Système solaire ou des exoplanètes qui leur ressemblent et qui sont situées ailleurs dans la Voie lactéeVoie lactée. En effet, cette technique de synthèse de nanodiamants pourrait avoir des applicationsapplications technologiques intéressantes dans le domaine de la médecine ou de l’électronique ; de tels nanodiamants sont aujourd’hui produits à l’aide d’explosion et ils sont commercialisés. Une voie de synthèse à l’aide de laser pourrait ainsi offrir des perspectives plus intéressantes en termes de coût. Ce travail pourrait aussi avoir des applications dans le domaine de la fusion contrôlée inertielle, où ce sont des billes de carburant thermonucléaire contenant du deutérium et enrobées dans des couches de plastique qui sont utilisées.


Article de Laurent Sacco publié le 20/01/2010

Il y a presque trente ans, deux chercheurs montraient que les noyaux des planètes géantes comme Neptune et Uranus pouvaient contenir des quantités colossales de diamants sous forme solide. Des expériences montrent aujourd’hui qu’on peut imaginer des océans de diamant liquide parcourus d’icebergs…

Lorsque les Beatles chantaient Lucy in the Sky with Diamonds, ils ne savaient probablement pas qu’il existait effectivement des nanodiamants flottant dans les espaces interstellaires et que l’on retrouve même dans certaines météoritesmétéorites. En 1981, Marvin Ross a été un des premiers à proposer qu’à l’intérieur des planètes géantes que sont Neptune et Uranus de véritables cœurs en diamant devaient pouvoir se former sous l’action des pressions énormes agissant sur les composés carbonés détectés dans leurs atmosphères.

L’idée avait été reprise et poussée plus loin dans les romans d’Arthur Clarke faisant suite à 2001 : L’Odyssée de l’espace. Après le contact de David Bowman avec le monolithe noir laissé il y a des millions d’années par une race d’extraterrestres au voisinage de Jupiter, l’esprit de l’astronaute avait été téléchargé dans un réseau de flux de lumière intégré à la structure en écume d’un espace-temps à plus de 4 dimensions. Ainsi dématérialisé, le nouveau Bowman se promenait à sa guise dans l’espace et découvrait en effet qu’un cœur en diamant occupait l’intérieur de la planète géante.

L’idée qu’un astreastre puisse avoir un cœur en diamant n’est pas une spéculation de théoricien débridé. On savait par exemple depuis longtemps que le cœur d’une naine blanchenaine blanche composé de carbone devait finir par se cristalliser avec le temps et le refroidissement de l’étoileétoile. Or, en 2004, un groupe d’astrophysiciens étudiant les pulsations d’une naine blanche située à environ 50 années-lumièreannées-lumière dans la constellationconstellation du centaure, BPM 37093, annonçait que les méthodes de l’astérosismologie conduisaient à admettre qu’une fraction importante de la naine blanche avait bel et bien cristallisée sous forme de diamant.

Aujourd’hui, un groupe de chercheurs du Lawrence Livermore National Laboratory a publié dans Nature les résultats d’études portant sur le point de fusionfusion du carbone à hautes pressions. D’ordinaire, une phase liquide du diamant n’est pas observée en laboratoire car celui-ci se transforme alors en graphitegraphite avant que ne débute la fusion. Toutefois, en exerçant des pressions de l’ordre de 40 millions d’atmosphère à l’aide de faisceaux laser, il est possible d’obtenir une transition de phasetransition de phase partant du diamant solide plutôt que du graphite.

À leur surprise, une fois du liquide obtenu et alors que la pression baissait pour atteindre 11 millions d’atmosphères et que la température baissait aussi pour atteindre les 50.000 K, les chercheurs ont observé que non seulement des fragments de diamant solide réapparaissaient mais qu’ils flottaient, tels des icebergs à la surface du liquide.

Neptune et Uranus sont composées d’environ 10 % de carbone et des conditions similaires aux précédentes doivent exister à grandes profondeurs dans ces planètes. Ils pourraient donc s’y trouver d’énormes icebergs en diamant flottant sur du carbone liquide.



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